West Iberica Tour – August 2024

Introduction

Nouvelle aventure, sur des traces déjà en partie explorées, mais il reste encore tant à parcourir sur la péninsule ibérique. Ce sera cette fois-ci une boucle de 6700km naviguant entre Espagne et Portugal, avec comme passages les plus éloignées du départ, le Cabo Sao Vicente au Portugal et Tarifa en Espagne. 15 jours, 13 hébergements différents. Un parcours tracé patiemment virage après virage, falaise après dune et ruisseau après lac sur MyMaps pendant plusieurs semaines durant les soirées, pour bénéficier des vues satellitaires et ainsi identifier petites routes et pistes déjà ou encore non explorées, et dans le but d’accéder aux plus beaux paysages tout en s’imprégnant des ambiances de villages parfois très reculés.

Nouveauté cette année : voyage à deux motos. Accompagné d’un cousin jeune retraité (veinard !) ayant fait l’acquisition d’une moto voyageuse pour explorer différentes contrées. Du coup, moins de tout-terrain, mais une sélection de belles pistes relativement roulantes un peu tous les jours. L’avantage : ne vous moquez pas, mais cela faisait trois voyages que je rentrai sérieusement blessé, je suis rentré sans la moindre égratignure cette année.

Deux motos donc: BMW 1200 GS de mon cousin, avec ses encombrantes valises et son moteur et châssis capables de vous amener partout. Et avec ses Continental TKC 70 aux semelles pour aller jouer hors route. Ma fidèle Triumph 900 Tiger Rally pro, et ses près de 5 ans d’âge et 70000km de maltraitance à travers l’Europe. Equipée de ses Dunlop Raid pour prendre un peu de vitesse sur les pistes sans risquer de sortir de la trajectoire, tout en accrochant bien sur le bitume (mais durée de vie de la gomme limitée). Et mon indestructible système de bagagerie souple dans lequel fourguer nécessaire d’entretien et réparation, et de quoi être présentable tous les soirs devant aubergistes et taverniers. Les deux motos équipées également du système de support téléphone à boule Ram Mount, et affublé chacune d’un vieux smartphone pour suivre la trace MyMaps grâce à la merveilleuse application GPS OsmAnd.

La description du voyage jour après jour, avec photos de paysages et bonne bouffe (et houblons).

Jour#1: Rabastens – Elizondo. 535km

Le premier jour se fera en grande partie sous les nuages pour rejoindre le pays basque espagnol. Si le Tourmalet nous offrira le soleil au sommet, et les vues qui vont avec, la haute corniche de l’Aubisque se fera dans un épais brouillard, ralentissant sérieusement le rythme engagé depuis le départ. Mais le but de la journée était avant tout les petites routes de crêtes qui serpentent dans l’Iraty, avec ses nombreux cols aux noms imprononçables (Elhursaro, Arnostéguy, Asquéta, Irau, Curutchéta, …) dans le massif de Echaaté Bizkarra. Haut lieu de transhumance, les routes sont extrêmement étroites et le code de la route donne la priorité aux différentes espèces qui produisent les « vache-brebis » que vous retrouvez sur vos plateaux de fromage toute l’année. La journée se termine par le col de l’Artesiaga côté espagnol pour rejoindre Elizondo, dans l’enclave nord de la Navarre, dans la fameuse Vallée de Baztan, chère à Amaïa Salazar. Houblon et premières croquetas d’une longue série à venir.

Jour#2: Elizondo – Torrelavega. 445km

Départ tôt le matin pour rejoindre le pays basque espagnol en longeant la rivière Bidasoa, afin de rejoindre la route de corniche qui mène au mont du Jaizkebel, et qui surplombe l’océan jusqu’à Pasai Donibane, en face du grand port de commerce de San Sebastian. On poursuit l’escapade côtière entre prairies, falaises, plages à surfeurs, et forêts d’eucalyptus, durant une centaine de kilomètres entre Zarautz et Guernica. Reboostés aux pinchos, on quitte la côte, traverse Bilbao en mode express (avec regret, mais le voyage privilégie la nature), pour rejoindre une série de cols au croisement du Pays Basque, de la Cantabrique, et de la Castille-Leon. Chacun de ces cols marque des changements brutaux de végétations et paysages, du vert (humide) au nord au gris ou au jaune (sec et rocheux) au sud, et chacun est accessible par des petites routes qui raviront le baroudeur désireux d’user ses pneus sur le côté en préservant la bande de roulement. Bref, plaisir de pilotage et plaisir des yeux (les deux n’étant pas toujours compatibles). Mention spéciale pour le Portillo de la Lunada, parce que c’est celui qui offre les plus beaux paysages, et au Puerto de los Muchacos, pour ses roches semblant avoir été taillées au laser et ses routes où deux guidons de moto se croisent à peine. Il est temps de redescendre vers la côte non loin de Santander, à Torrelavega, et y déguster une des spécialités: El cachopo. Oubliez le cordon bleu. Ici il s’agit de découvrir sous la panure plusieurs tranches fines de veau, le célèbre fromage de Cabrales (sorte de roquefort des picos de Europa) et jambon serrano.

Jour#3: Torrelavega – Astorga. 470km

On poursuit le périple en tirant des bords vers l’ouest, avec, comme la veille, une matinée côtière et une après-midi sur les hauteurs. Quelques pistes nous permettent d’accéder à des points de vues sur de nombreuses criques dans les environs de Comillas et San Vicente de la Barquera, comme la superbe plage de Barnejo-Berrelin et ses falaises percées. On franchit les Picos de Europa par l’est le long de la frontière entre Cantabrique et Asturies par le col de San Glorio avec vue sur les sommets. Me reviennent les souvenirs de mon périple précédent où j’approchais ces sommets par des pistes assez ardues. A nouveau comme la veille, plusieurs franchissements de cols qui séparent les Asturies et la Castille-Leon, avec lacs, gorges et canyons qui égaient le périple tout au long de l’après-midi. Première occasion de tester l’envie et l’appétence de mon cousin pour le off-road en gros trail chargé: je propose d’emprunter la longue piste, une vingtaine de kilomètres, qui permet de rejoindre le haut col de la Ventana. Il n’était pas très chaud à l’idée que je l’amène trop souvent hors bitume. Le verdict fut pourtant sans appel: 1) il est resté dans mon rétroviseur tout au long de cette piste facile mais pentue; 2) le sourire au sommet, font que 3) dorénavant, il y aura son lot de pistes tous les autres jours du voyage. On redescend en fin de journée vers Astorga par la vallée de la Luna et son magnifique lac. Astorga est une étape incontournable des Chemins de Saint-Jacques, mais aussi un lieu sous influence de Gaudi qui y érigea son Palace. Mais aussi encore une région on y déguste parmi les meilleurs « chuleton de vaca vieja » d’Europe. Pourquoi s’en priver après tant d’efforts !

Jour#4: Astorga – Braga: 435km

Belle surprise ce matin que la magnifique route de montagne qui relie Astorga et Ponferrada plus à l’ouest par le col de Foncebadon. Il s’agit en fait d’une route qui se confond quasiment avec une des plus belles parties des chemins de Saint-Jacques (d’où la prudence à avoir car les marcheurs la traversent en plusieurs endroits), avec des petits bars et points ravitaillement improvisés tout au long dans la nature, et le très beau et volontairement maintenu dans le Moyen Age village de El Acebo de San Miguel. On poursuit encore vers l’ouest en sortant de la Castille-Leon pour entrer à nouveau dans les Asturies par quelques petites routes qui permettent d’atteindre toujours plus à l’ouest la longitude de la frontière portugaise. Belle découverte que le Parc Naturel de Salas, plateaux de moyenne altitude, en Espagne et juste au nord de la Serra de Geres (joyau du nord du Portugal). Superbes amoncellements rocheux naturels, lac, et multiples dolmens. Mélanges de bleu, gris et vert ; et surtout, personne, juste deux égarés sur les pistes et le long des étroites digues du lac. Il est temps de redescendre de ce plateau et passer la frontière du Portugal en entrant dans le Parc Naturel de la Serra de Geres. On y découvre de petits villages de montagne et leurs célèbres « canastros », petits greniers séparés des fermes, constitués d’énormes blocs de granit ; et surtout, on sait que l’on vient d’entrer au Portugal car les petites routes ont conservé leurs pavés sur lesquels il est si plaisant de gravir les petits cols permettant de passer d’un village à un autre. On ne pouvait pas terminer la journée sans sortir du bitume (et des pavés), alors que ce présentait à nous la possibilité de naviguer sur la piste qui longe le lac (et la rivière et ses cascades plus en amont) de Homem. Fin de journée, on sort du Parc Naturel pour rejoindre la belle et chargée d’histoire ville de Braga, car il est temps de tester houblons portugais, bacalhau com natas, et de sombrer avec vue sur la cathédrale.

Jour#5: Braga – Covilha: 390km

Traversée pédestre matinale de Braga pour aller récupérer les motos enfouis dans un parking souterrain, le temps d’apprécier plusieurs éléments d’architecture de la ville et lieux de cultes nombreux. Direction Porto, 60km au sud, pour une brève escapade sur les quais de Ribeira sous le Pont Luis I, avant de longer sur une quarantaine de kilomètres le Duro. De là, cap vers le sud jusqu’à la Serra da Freita et le hameau de Mizarela, surplombant une impressionnante cascade. Ce petit massif, plus fréquenté par les éoliennes que par les touristes, est pourtant très beau, aves ses ruisseaux et amoncellements rocheux, aux travers desquels on circule sur d’étroites routes pavées. La Serra da Arada, plus à l’est, est tout aussi confidentielle et tout aussi belle, et constitue la frontière naturelle entre les deux grandes régions de Porto d’un côté et Viseu de l’autre.. Mais le but ultime de cette journée était d’atteindre la Serra da Estrala, plus à l’est encore. Sommet du Portugal, avec ses routes serpentant sur des plateaux et crêtes à près de 2000m, on a l’impression d’être sur le toit du Portugal avec des vues à 360°, y compris sur l’Atlantique, pourtant déjà à 100km à vol d’oiseau. Troisième fois que je me rends à moto dans ce massif, je découvre encore de nouvelles possibilités à explorer, et en particulier une superbe piste d’une vingtaine de kilomètres partant de Manteigas pour rejoindre la vallée glaciaire à 2000m. Une fois au sommet, on profite du soleil rasant de fin de journée pour naviguer une trentaine de kilomètres sur LA plus belle route du Portugal, entre Sabugeiro et Covilha, en termes d’équilibre entre beauté des paysages et plaisir de pilotage. La route est large, très sinueuse, et offre à chaque sortie de virages un point de vue éblouissant sur des étalements rocheux impressionnants, des falaises, ou des lacs, ou les trois à la fois. La journée s’arrête la nuit tombante à Covilha.

Jour#6: Covilha – Evora. 420km

L’offre de restauration de Covilha n’ayant pas répondu à nos attentes la veille au soir, nous décidons de partir l’estomac vide pour parcourir une vingtaine de kilomètres jusqu’à Unhais da Serra, petit village du contrefort sud de la chaine de montagne, où nous dévalisons dès 8h30 du matin une pâtisserie de tous ses pasteis de nata et pãos com chouriço. L’échec de la soirée ainsi réparé, nous remontons explorer la Serra par une petite route qui finit en piste, et naviguons à nouveau sur les sommets, cette fois-ci à la lumière rasante du matin. Cap vers le Sud, nous devons être dans l’Alentejo le soir. Nous traversons plusieurs petites chaines de montagnes, souvent par des petites routes, mais aussi par des pistes de crêtes faciles et rapides construites pour l’entretien des éoliennes. Arrêt photos à l’impressionnant barrage de Santa Luzia, puis arrêt déjeuner à Proença-a-nova, pour déguster …. trois spécialités. La dame nous a prévenu que c’était trop, mais la frustration de ne pas tout goûter était telle que nous n’avons pas céder. Nous avons donc, avant le traditionnel porco alentejano (ragoût de porc aux palourdes), tester le Maranho (panse de brebis farcie au riz, viande de brebis, et menthe) ET le bucho recheado (panse de porcs farci aux porcs, oeufs et épices). Le tout sous l’œil étonné des clients locaux. Mais il faut bien remonter sur la moto alors que l’on commence à ressentir par les 36° ambiants que l’on atteint la moitié sud du Portugal. Quelques kilomètres de tortueuses routes de campagne avant de traverser le Tage qui sépare les nord et sud du Portugal, et de prendre un peu de hauteur pour accéder aux plateaux de l’Alentejo. La végétation change subitement, nous voici au milieu de grandes prairies parsemées de chêne-liège. L’habitat et l’architecture change subitement aussi. Les blocs de granit laissent place aux façades blanchies et fenêtres colorées de jaune ou de bleu, pour les habitations comme les nombreuses petites églises et chapelles. Les cigognes squattent le moindre clocher ou pilonne jusqu’à notre point de chute pour deux jours: la belle ville d’Evora. Hors de question de connaître l’échec de la veille en matière gastronomique, mais Evora possède tout ce qu’il faut pour cela. Et pour me satisfaire pleinement, rien de mieux qu’un brasseur qui accompagne sa propre production houblonnesque de mets typiques locaux.

Jour#7: Evora – Evoramonte – Estremoz – Evora. 130km

C’est la journée dite de repos, du moins de repos partiel. Journée choisie ainsi car Evora possède un magnifique patrimoine, comme sa cathédrale et son temple romain, sa belle université, le tout enserré par de longs remparts. La matinée sera consacrée à visiter et déambuler dans les magnifiques rues colorées, à faire les pleins de produits typiques (sous contrainte de la place restante dans nos systèmes de bagagerie, c’est à dire peu de place) auprès d’une adorable caviste. Tout cela creuse, et rien de tel qu’un arroz de marisco à alentajena préparé minute devant nous, dont la quantité justifiera largement la sieste qui s’en suivra. 17h, et pourquoi pas une petite balade aux alentours. Les motos allégées de leur lourde bagagerie, nous partons pour une courte boucle à travers les forêts de chêne-liège, les vignes de l’Alentejo, le petit village d’Evoramonte perché au sommet d’une colline surplombant l’Alantejo, et la citadelle d’Estremoz. Rien de mieux qu’une adresse historique de la ville pour terminer la journée, pas si reposante que cela, par quelques joues de bœuf braisés sauce au vin de l’Alentejo. Bonne nuit.

Jour#8: Evora – Monchique. 460km

Départ matinal vers l’Algarve, par la fameuse N2 durant quelques kilomètres, avant de la quitter pour de plus petites routes et pistes de terre tracées pour rejoindre le sud. Des traces d’incendies qui ont envahi le Portugal les années passées, dans des forêts de pins et/ou d’eucalyptus. Près de 300 kilomètres d’un monde très rural. La fatigue commence à se faire ressentir parfois, du moins pour mon partenaire de voyage qui trouvera l’ombre des chêne-liège et eucalyptus idéale pour une micro-sieste (qu’il appliquera tous les jours à partir de ce jour, avec une forme olympique dès le réveil). On atteint enfin la côte Atlantique en milieu d’après-midi, à Carrapeteira. A partir de là, et jusqu’à la pointe la plus au sud, le Cabo Sao Vicente, on naviguera sur des pistes de terre en surplomb de falaises, parfois hautes d’une centaine de mètres, sur plusieurs dizaines de kilomètres. Plus bel endroit du Portugal avec la Serra da Estrala (selon votre serviteur). La proximité de Lagos et Portimao rendant les hébergements chers, nous remontons une cinquantaine de kilomètres plus haut, dans la ville de Monchique, situé au sommet de l’Algarve, connue pour ses couchers de soleil, avec une belle architecture aux murs pas droits, et une atmosphère de vie montagnarde agréable, même si les plages sont proches. Houblons locaux, ragout de sanglier et sorte de potée au choux et pléthore de viande auront eu raison de notre courage à rester éveillés.

Jour#9: Monchique – Paterna de Rivera. 515km

Après être monté par une petite route bordée d’eucalyptus à un promontoire dominant tout l’Algarve, histoire de voir à 360° la région se réveiller, cap vers l’est à travers 150km de petites routes de campagne passant par Almodovar et la très belle ville de Mertola, sur les rives de l’impressionnante rivière Guadiana (par ses rives rocailleuses sur sa partie la plus au nord) qui sépare l’Algarve de l’Andalousie. On arrive à la frontière espagnole en descendant d’un plateau sauvage et aride vers les rives de cette même rivière qui finira par se jeter dans l’Atlantique (elle, pas nous). C’est toujours cette même rivière que l’on retrouve une heure plus tard bordant le village andalous de Sanlucar de Guadiana. Elle s’est élargie, et face à nous, de l’autre côte de la rivière, alors que je déguste mon délicieux secreto iberico al queso y serrano, on aperçoit un autre village, tout aussi beau, et…. portugais (Alcoutim). Deux villages séparés de 150m, et joignable par la route en…. plus d’une heure et 40km. La discussion avec le serveur nous apprendra plein de choses entre ces deux villages étonnants. Les populations s’entendent super bien, ont leur petite barque pour aller boire des coups ensemble, et font une fête annuelle ensemble… sur l’eau (à l’aide de système de puzzle de petites barges qu’ils installent sur l’eau pour l’évènement). On poursuit encore quelques kilomètres dans cette belle Andalousie de l’ouest très rurale, avant de passer deux-trois heures d’autoroutes à plus de 40°C vers Séville, puis Cadiz. Chose étonnante, lorsque je préparais la trace quelques semaine avant, je remarquai qu’entre Seville et le golfe de Cadiz où se jette le Guadalquivir, il n’y a aucun pont, sur près de 100km, n permettant pas de longer cette belle partie de la côte andalouse sans avoir à remonter jusqu’à Séville. Bref, une fois arrivés à Cadiz, les températures diminuèrent et nous pûmes profiter de la ville sur sa façade maritime, sa cathédrale. Avec le regret de ne pas y passer la soirée, en raison une fois encore du prix des hébergements à cette saison, dans la ville du flamenco. Qu’à cela ne tienne, bonne ambiance andalouse dans le village rural de Paterna de Rivera que nous rejoignons au bout de 30 kilomètres dans les terres, de ces soirées où toute la population, toutes générations confondues, vient échanger autour d’un verre sur la place centrale.

Jour#10: Paterna de Rivera – Ribera del Fresno. 590km

Au fil des jours, les plaisirs de découvertes s’accroissent autant que la fatigue s’accumule. Nous sommes au plus loin du point de départ, et le courage et l’envie sont toujours là. Départ du village pour rejoindre Tarifa avec l’espoir de voir de l’autre côté du détroit de Gibraltar les côtes marocaines. Nous montons au bout de quelques kilomètres dans la ville andalouse totalement blanche de Vejer de la Frontera, sise sur un promontoire qui domine toute cette région agricole. Puis nous rejoignons l’Atlantique avant qu’il ne devienne Méditerranée dans les dunes de Valdevaqueros, où la route est partiellement ensevelie par le sable et le bleu tranche avec la couleur de ce sable fin et blanc. Tarifa se présente à nous ensuite, mais dans une brume de chaleur suffisamment épaisse pour que les côtes marocaines ne puissent être visibles. Petit sentiment de frustration, mais on sait que cet endroit est magique seulement l’hiver. Il reste plusieurs motifs de consolation pour le reste de la journée. Tout d’abord la célèbre route des villages blancs qui relie Algesiras à Ronda, une de ces routes au bitume parfait qui ravit de nombreux motards et offre de nombreuses échappées sur plusieurs villages blancs. Me revient en mémoire ce lieu comme point de départ de mon premier long voyage exclusivement off-road, entre Ronda et les Pyrénées, au printemps 2022. Petite pause photo à Ronda, en face de la ville pour capturer son impressionnante falaise et son tout aussi impressionnant et célèbre pont, puis dans la ville pour arpenter ses vieilles rues et ce même pont, malgré un nombre de touristes trop important à mon goût. A une vingtaine de kilomètres au nord, on découvre le village de Setenil de las Bodegas, vendu par les professionnels du tourisme comme le plus beau village d’Europe. Nous y faisons une courte pause grâce à un stationnement judicieux des motos au plus près du centre d’intérêt de ce lieu: des ruelles sous la roche. C’est en effet magnifique et surprenant, mais pas de quoi y passer des heures. Bref, un lieu autrefois confidentiel qui doit sa notoriété (et ses parking de bus) aux selfies Instagram. On s’échappe donc assez rapidement, alors que la température flirte à nouveau avec les 40°, pour se poser dans un petit village éloigné de la horde touristique et déguster une énorme tempura de chipirones. S’en suit un ride parfait d’une centaine de kilomètres de petite routes de montagnes andalouses nous conduisant au sud-ouest d’Antequera dans l’étonnant croisement de 3 barrages (et 3 beaux lacs aux eaux turquoises) à proximité du célèbre canyon du Camino del Rey. Il est 16h et il reste près de 300 kilomètres à parcourir. Cela veut dire que le traceur a été bien trop optimiste sur cette étape. Nous parviendrons néanmoins, sous 40°C dans les plaines andalouses, puis sous des températures plus agréables dans la Sierra de Hornachuelos qui nous permet d’atteindre les hautes plaines de l’Extramadura, à atteindre notre point de chute : Ribera del Fresno. Un très beau village rural, au milieu des vignes et des oliviers, qui semblent avoir connu des heures de gloire à en croire le luxe de certaines propriétés. Nous y parvenons tard, vers 22h30, après avoir savouré un beau coucher de soleil défilant au rythme de la moto. Heureusement on vit tard dans cette région, si bien que nous pourrons pleinement profiter de l’ambiance des multiples terrasses de bar regroupées au centre du village pour y déguster croquetas y gambas al bacon, dans cette si typique ambiance des villages de la région. Last but not least, pour 60 euros nous logions dans une finca (demeure de propriété viticole dans le centre du village), chacun dans une chambre de plus 50m² au mobilier d’époque, avec une piscine dans laquelle je flotterais jusqu’à deux heures du matin, ravi de cette journée certes mal calibrée en termes de kilomètres, mais si belle en termes de découvertes.

Jour#11: Ribera del Fresno – Ciudad Rodrigo. 475km

On savoure les charmes de cette finca au petit déjeuner avant de repartir vers le nord pour ce onzième jour. Une traversée du sud au nord de l’Extremadura, d’abord dans de grandes plaines agricoles, avant de retrouver le Tage, croisé une semaine avant au Portugal, dans le Parc National de Monfragüe, connu pour ces falaises rocheuses habitées par des vautours. Le périple devient plus montagneux et sinueux à partir de Plasencia. Nous traversons un paysage très vallonné où la culture de l’olivier domine, jusqu’à un arrêt au magnifique Meandro del Melero, à la frontière entre l’Extremadura, et le sud de cette immense province qu’est la Castille-Leon. Nous rejoignons ensuite le sommet de la Serra de Francia, à 1800m, par une route magnifique faite d’une interminable série de lacets (véritable plaisir et caprice de gosse motard). Une longue descente vers la ville fortifiée de Ciudad-Rodrigo, non sans avoir, car cette fois-ci nous n’étions pas en retard, rallongé un peu la journée par quelques pistes et petites routes de part et d’autre du canyon de la rivière Agueda. Qu’on se le dise: c’est dans cette région que gambadent dans les prairies les célèbres Moruchas, race de boeuf réputée pour être ce qui se fait de mieux gustativement. Nous avons honoré cela par deux « chuleton de vaca vieja » de plus lors de ce périple.

Jour#12: Ciudad-Rodrigo – Valladolid. 475km

Sur le papier, ce douzième jour était promis à être l’un des, si ce n’est le plus, beaux du voyage. Son thème: le Duro dans sa partie la plus sauvage, lorsque celui-ci sépare sur une centaine de kilomètres et au fond d’un profond canyon l’Espagne et le Portugal. Rien à voir donc avec le Duro longé plus d’une semaine auparavant lors de l’escapade à Porto, même si les vignes, bien que plus rares, y sont encore présentes, et surtout plus belles. La morucha parfaitement bien digérée (le vino tinto de la casa également), nous voilà repartis plein nord le long de la frontière. Nous quittons la route pour des pistes qui permettent de s’approcher au mieux d’une vielle ligne de chemin de fer espagnole qui rejoignait jadis le Duro et le Portugal pour les voyageurs et les marchandises. Gares abandonnées inaccessibles par la route, tunnels, viaducs de fer et de bois, le tout à flancs de montagne avec le canyon en contre bas. Nous rebasculons côté portugais pour deux heures de petites routes et pistes de terre en crête, 400m au dessus du canyon du Duro. Vignes et oliviers y coexistent joliment et pacifiquement. Nous explorons ensuite les grands barrages qui ont été construits tout au long du canyon, dont un est accessible par la route et nous permet de retrouver l’Espagne. Nous parvenons ensuite à rejoindre les rives du Duro au fond du canyon à partir du village de Vilvestre, que nous dûmes traverser par les arènes installées sur la place centrale pour tout l’été, comme c’est souvent le cas dans les villages de cette région. Cette région est magnifique, mais il ne faut pas le dire. L’atmosphère y est douce, les gens très accueillants, et je ne dis pas cela seulement parce que nous y avons mangé la meilleure fricassée d’oreilles de cochon à l’ail du monde. Il faudrait deux ou trois jours pour explorer et accéder à tous les miradors qui permettent de surplomber le Duro. Nous en ferons plusieurs jusqu’à ce que l’heure avançant nous quittions le Duro plus au nord à l’impressionnant Puente de Requejo, vieux et haut viaduc métallique. Direction plein est pour atteindre Valladolid, frustré qu’un lundi soir les meilleurs bars à pinchos soient fermés.

Jour#13: Valladolid – Cascante. 425km

Départ toujours très matinal direction plein est vers l’ensemble du massif du Parc Naturel de Cebollera qui sépare la vallée de la Rioja au nord de celle de Soria au sud. Après quelques kilomètres dans les plaines agricoles, quelques falaises et gorges se présentent à nous, et nous empruntons une piste bien caillouteuse et poussiéreuse pour rejoindre le cimetière de Sad Hill, lieu de tournage du Bon, de la Brute et du Truand. L’occasion de papoter un peu avec Clint Eastwood et compter les morts. On lui aurait bien proposer une spéciale caillouteuse motos/cheval, mais je l’ai pas senti en pleine forme Clint. Alors nous poursuivons en prenant de l’altitude et franchissant plusieurs cols du massif, avant d’arriver dans un impressionnant village dressé à flanc de canyon, Ortigosa de Cameros. Nous sortons du parc pour une centaine de kilomètres à moyenne altitude dans un petite région particulièrement aride, et sans nom sur les cartes, parsemés de petits villages aux magnifiques églises. Certains de ces villages sont abandonnés, difficilement accessibles, ou en cours de restauration, comme celui de Castillero de San Pedro, ou nous échangerons avec deux hommes restaurant quelques maisons, celles de leurs grands parents ayant migré jadis vers les villes. La descente sinueuse qui nous mènera vers la vallée restera une des plus belles routes du périple. Le soleil commence à raser les collines blanches qui entourent le désert des Bardenas. Nous nous arrêtons donc pour la nuit dans le village de Cascante, où la chaleureuse, drôle et surprenante aubergiste nous déconseillera l’unique restaurant de la ville, pour nous amener à la buvette et grill du « parc infantil » du village, bordant les arènes, où se retrouve le soir toute la population du village, pour y déguster une énorme « raccion de sepia ». Nous découvrirons ce soir là que le lieu est connu pour son concours des plus gros sandwichs et burgers (on parle bien de 50 centimètres de diamètre pour un burger). Les ambiances de villages espagnols ….

Jour#14: Cascante – Ainsa. 375km

Voilà arrivée LA journée off-road du parcours: le désert des Bardenas. Mais avant, une rapide visite à la Basílica de Nuestra Señora del Romero, et sa galerie d’accès depuis la ville basse dans un style baroque. Vraiment une belle découverte que ce village de Cascante. Le désert des Bardenas donc, où pléthore de motards osent parfois, pour la journée ou le week-end, aller salir un peu leur machine sur la vingtaine de kilomètres conseillée par les guides dans la partie « Bardenas alta ». Avec surtout la photo Instagram au pied du « tozal » le plus connu. Pour nous, ce sera 120km de pistes, depuis les « Bardenas baja », plus au sud et plus confidentielles. Dans la partie « baja », au sud du désert donc, on peut accéder à la lisière des falaises qui entourent le désert, rouler dans des mini canyons, sans ne croiser personne. Je remarque néanmoins que des interdictions commencent à fleurir. Il est probable que le lieu finisse par être inaccessible d’ici quelques années. Nous sortons du désert par le nord, avant de reprendre une piste plus loin pour accéder à l’aqueduc romain et les thermes romains de Los Bañales. Puis, après une centaine de kilomètres de routes étroites, nous accédons aux Mallos de Riglos, très hautes cheminées naturelles de roches rouges. Une piste bien cachée nous amène au Foz de Escalete: une fente d’une centaine de mètre de haut creusée par un torrent, où des ancêtres bâtirent un passage que nous pouvons emprunter à moto. Un lieu secret et magnifique. L’heure tourne, et je modifie donc le parcours initialement prévu par des petites routes et pistes dans la Sierra de Guara, pour emprunter de plus grands axes au nord de la Sierra et rejoindre Ainsa pour la soirée croquetas y houblon.

Jour#15: Ainsa – Rabastens. 545km

Voilà le 15ième et dernier jour arrivé. Il faut dire qu’on est bien rincés, et les motos également (mon pneu arrière dit stop, la boucle arrière de mon cadre est fendue, le démarreur est capricieux, mais rien n’arrête l’anglaise et elle sait qu’elle recevra des soins prochainement). Au programme, une belle journée de petites et grandes routes viroleuses à souhait sur le versant sud des Pyrénées. Plusieurs petits cols hautement recommandés (Panillo, Laguarres, …) nous amènent après Benabarre au Congost de Mont-rebei, curiosité géologique, comme un coup de lame de couteau partageant la montagne en deux. Puis les deux magnifiques cols de Montllobar et Boixols, toujours plein est. Cap vers le nord puis l’ouest pour des sensations de pilotage et grandes échappées paysagères par le col portant le nom de ce qu’il m’arrive parfois dans mon casque: El puerto del Canto. Nous voici à Sort, il est 15h, estomac creux, dernières croquetas. De Sort, cap vers le nord vers le très haut col de Bonaigua qui offre de somptueux points de vue sur le val d’Aran, aux sources de la Garonne. Qui dit Garonne dit fin de vacances, plus que quelques kilomètres avant de retrouver la quatre voies qui mène à notre Tarn natal. Notez bien que ce sera mon premier retour de vacances ibériques sans arrêt « achat cartouches clopes » avant la frontière (mais j’ai ramené Porto et vin de l’Alentejo du Portugal, tout de même).

Conclusion

Encore un beau périple, usant mais particulièrement riche en plaisirs et découvertes de toutes sortes. Cela doit être mon dixième long périple sur la péninsule ibérique, mais je sais que je laisse sur les côtés tant de choses à y découvrir encore. Avec la beauté des paysages, je retiens à chaque fois les ambiances, les odeurs, l’isolement, les hauteurs, que seule cette partie de l’Europe propose. Un grand merci à François, très valeureux partenaire de voyage, vraiment doué pour le baroud (bon, sauf son incapacité à se concentrer sur l’harnachement quotidien de ses bagages😉). Un grand BRAVO à lui (déjà, de m’avoir supporté)

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